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St Sauveur Lendelin en 1782

Poursuivons les évènements décrits par notre curé bien bavard ...

de 1777 à 1780 : voir l'article "un curé bien bavard"

1781 : voir l'article "St Sauveur Lendelin en 1781"

Voici pour l'année 1782 :

Photo extraite des archives numérisées de la Manche

Photo extraite des archives numérisées de la Manche

L’hiver en cette année fut changé de place : avril se trouva en février et février en avril. Le froid ne commença que le quinze de mars et continuoit encore à la pentecôte. Les herbes très avancées dans le mois de février furent beaucoup retardées par le froid inattendu dans la saison où il arriva. Les bestiaux souffrirent beaucoup par la disette du fourrage qui devint si rare qu’à peine on en pouvoit trouver pour son argent. On ne peut ensemencer l’orge qu’à la mi-mai et les arbres n’ouvrirent qu’à la fin de ce mois. La quantité de grains qu’on transporta dans les colonies en augmenta beaucoup le prix et fit monter le sac jusqu’à trente deux livres. Les françois se rendirent maitres en cette année des îles Saint Eustache, Saint Christophe démérary et Essequibo et Berbicess. Le fort Saint Philippe fut pris le 31 de janvier de la ditte année. Le Pape Pie VI fit en cette année un voyage à Vienne chez l’empereur Joseph second : sa Sainteté y vit le respect que l’on portoit au chef de l’église et au père commun des chrétiens dans l’affluence immense du monde qui venoient de tous côtés recevoir sa bénédiction. On en compta en un jour plus de 40000.

Photo extraite des archives numérisées de la Manche

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En cette année courut une maladie épidémique des plus contagieuses. C’étoit une espèce de fluxion de poitrine ou pleuraisie qui commençoit par un frisson qui duroit deux ou trois heures, après suivoit la fièvre chaude : aussitôt vous étiez pris d’une pointe de côté qui se faisoit sentir vers le sein gauche ; cette pointe serroit violemment quelques-uns et d’autres moins pendant trois ou quatre jours au bout desquels elle cessoit, symptome funeste, puisque c’étoit la veille de la mort. On se croyoit à la veille de guérir et le lendemain on étoit dans son éternité. Elle emportoit en cinq ou six jours et ne manquoit presque personne. Depuis le commencement d’avril jusqu’à la fin de juin elle nous en enleva près de 70. Elle brava toute la médecine, et ceux auxquels on appelloit les médecins étoient ceux qui partoient le plus vite ; au commencement les médecins de périers et de Coutances attribuant le cause du mal à une abondance de matières séjournantes dans l’esthomach et les premières voies employèrent l’émétique en lavage ou le picacuana, tous ceux qui furent traités de la sorte moururent. Les vescicatoires sur les jambes n’étoient point capables de détourner l’humeur mortifère. A la fin cependant on y réussit en mettant les vescicatoires sur l’endroit du côté où se faisoit sentir la pointe. L’espèce de vescicatoire qui avoit le plus de force pour enlever l’humeur c’étoit celui qu’on composoit avec deux onces de poivre blanc et de trois gros de fréné en poudre. On délioit le tout dans quatre blancs d’œufs après les avoir battus jusqu’à ce qu’ils fussent réduits en broux, il ne falloit point manger du tout principalement pendant les dix premiers jours ni boire de cidre. Pour toute boisson la tisane faite avec des fleurs pectorales et du ciro de viole, du bouillon de poulet ou de veau. Ce bouillon devoit être très léger et on devoit prendre de deux heures en deux heures une cuillerée de lai blanc pour faciliter l’expectoration. Cette maladie fut bien funeste à la paroisse, puisqu’elle lui enleva son très respectable pasteur Me Marie François Vitel curé des trois portions royalles, pasteur sans pareil et qui fut regardé comme le plus grand curé du diocèse de Coutances. Monseigneur de Chalmazel de Talaru alors evêque de ...

Photo extraite des archives numérisées de la Manche

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... Coutances le regretta vivement et dit de lui, lorsqu’il en apprit la mort, oui, c’était un curé qui faisoit plus de bien dans le diocèse que moi. Né à saint quay paroisse de basse Bretagne, proche saint Brieux diocèse de Dol le 18 d’aoust 1718 d’une honnête famille de navigants, car son père et ses deux frères furent capitaines de navire. Il fit ses classes à Rennes. Etant fait prêtre il fut nommé à sa paroisse pour curé. Il n’y résida point, il y avoit procédé entre les présentateurs. Monseigneur de Dol qui soutenoit son parti, l’ayant perdu, le nomma pour le dédommager à Saint Solem paroisse de Dol où il résida sept ans. Monsieur de Montlouet grand vicaire de Dol ayant été nommé à l’évesché de Saint-Omer le tira de cette paroisse pour l’avoir avec lui comme son soutien dans le gouvernement de son diocèse. Il fut l’âme de son conseil pendant 10 ans au bout desquels, cet evesque étant mort laissa Monsieur Vitel chargé de toutes ses affaires. Ce fut un an après cette mort que Monseigneur le Duc de Pontière le nomma à la cure de Saint Sauveur en l’an 1767. Il vint en prendre la conduite le premier janvier 1768, mit le plus bels ordres dans la paroisse, nourrit sans cesse son peuple du pain de la divine parole, orna la maison de dieu de son grand autel, de la chaire, des stâles et lambris du cœur, donna les deux petites chapelles, les deux plus beaux ornements et avoit encore les plus beaux desseins pour son église, lorsque le deux juin un dimanche matin en disant la messe à la chapelle de la vierge il fut pris de frissons. Après avoir célébré le Saint Sacrifice, il s’en revint chez lui, passa la journée dans un malaise général. Le lendemain la pointe de côté le saisit, elle dura jusqu’au mercredy au soir, le jeudy les médecins après lui avoir donné les deux jours précédents l’émétique en lavage perdirent la tête ne connaissant plus que faire. Ils nous l’abandonnèrent le vendredy matin voyant que le mal étoit sérieux. Il appella Mr Lenoir alors son premier vicare, qui avoit soin du temporel du bénéfice, lui fit rayer sur son mémoire toutes les dettes que lui devoient les paroissiens peu fortunées, legua le sarrazin et l’orge des aumosnes et du quartier du bourg dont il jouissait dans ce temps-là, pour les pauvres. Après ces bonnes œuvres, il se disposa à la mort, reçut le Saint Viatique et l'extrême-onction sur les deux heures après-midi et à neuf heures du soir, il passa dans son éternité après avoir gouverné sa paroisse 14 ans, 6 mois, 7 jours. Son oraison funèbre fut faite le jour de son inhumation le samedy 8 juin à 7 heures de soir d'une manière bien digne de lui et par des bouches qui firent entendre à quatorze autres curés qui étoient là ainsi qu'à tout le peuple qui y étoit venu de toutes parts en foule, quel pasteur elles regrettoient. Lorsque nous vinmes à entrer dans l'église avec le corps, de tous les côtés de l'église partirent des soupirs qui continuèrent dans un bruit sourd pendant qu'on ...

Photo extraite des archives numérisées de la Manche

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... chanta vespres des morts. Ces soupirs s'élevèrent lorsqu'ils le virent partir de l'église pour porter dans terre. Il n'y avoit figure sur qui vous ne vissiez des larmes dans le cimetière. Lors de son inhumation, étoient mille personnes tous le mouchoir à la main et pour ainsi dire prosternées à terre. Des étrangers qui auroient passé par là auroient cru que c'était un père que cette famille pleuroit (et c'en étoit un véritablement). Lorsque le clergé rentra dans l'église, ce fut alors le coup le plus frappant. Tout ce peuple qui étoit resté à prier dans l'église pendant l'inhumation nous voyant revenir sans son pasteur, il s'éleva une voix générale qui dit : "nous ne le reverrons donc plus". Alors les cris se redoublent, les larmes coulent des yeux et presque tout le monde tombe par terre. Le clergé comme le peuple se livre à la douleur qu'il s'efforcoit de cacher au fond de son cœur et verse un torrent de larmes en présence du Saint Autel. Cependant, on ne peut appaiser le peuple, lorsqu'il s'agit de sortir de l'église, pour en faire fermer les portes et jusqu'à neuf heures de soir, l'église retentit encore des sanglots et des gemissements d'une grande multitude que la tristesse, la douleur et les regrets retenoient comme immobiles. Jamais le plus tendre père ne fut pleuré de la sorte. Si la paroisse l'a perdu, sa mémoire vivra longtemps dans lesprit des enfants qu'il a enseignés, des pauvres qu'il a assistés de ses biens et des riches même qui le regardoient comme l'âme du conseil divin. Il fut inhumé dans le cimetière de ce lieu car depuis le mois de may de l'année précédente, il avoit été défendu par un arrêt du parlement d'inhumer dans les églises. Son corps repose contre la muraille du cœur sous la fenêtre qui donne vis-à-vis du lutrin a quatre pieds de la muraille entre le pillier du cœur et le mur du bout du bas côté au midi. Cette place doit être respectée et par la vénération qu'on doit avoir pour ce digne pasteur. Mrs les curés à venir ne doivent pas permettre qu'on inhume dans cet endroit-là.

Tous les coups les plus funestes qui pouvoient arriver à la paroisse furent frappés sur elle en ce mois de juin car le quatorze la mort lui enleva aussi le paroissien, qui faisait le plus de bien après Mr Vitel. Ce fut Monsieur Paul Le Brun, écuyer sieur de la Scenière. Cet homme, né le 23 mars 1708 d'une honnête famille de laboureur de cette paroisse ayant voyagé pendant près de 16 ans acquit des connaissances supérieures dans les grandes affaires. S'étant marié en 1731, le 18 9bre (novembre), il eut trois fils. Il leur donna toute l'éducation possible quoiqu'il ...

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... ne fût pas des plus fortunés, cependant il les envoya à Paris où l'aisné mourut diacre. Jean Le Brun le second étudia à Montpellier en médecine et fut reçu docteur. Le troisième, Charles Le Brun qui porte aujourd'hui le nom de grand brun devint premier secrétaire de Monsieur de Meaupeon chancellier de France. Il fut regardé si puissant dans ce poste, qu'on lui attribua en partie l'édit de Cassation du parlement de france, que porta Louis quinze en l'an 1771. Monseigneur le chancelier ayant été disgracié lors de l'avènement de Louis seize à la couronne en l'an 1774, Monsieur Le Brun se retira avec lui et acquit sur la tête de son père la charge de conseiller secrétaire du Roy au parlement de grénoble. Des privilèges de la quelle il commença à jouir en 1777 s'étant fait tirer du Rôle a taille en signifiant ses titres et qualités à la paroisse à laquelle il fit alors présent du grand calice en vermeil qui porte son nom. Ce n'est pas là le seul bien qu'il a fait à sa patrie. Établi syndic de la paroisse en 1740, il fut chaque année continué dans cette place jusqu'à sa noblesse en 1776. On ne peut exprimer les biens qu'il a faits pendant le temps de cette gestion. Sans avoir une seule vergée de terre qui relevât du domaine, il entreprit seul, car ceux qui avoient signé la délibération pour cet effet s'en désistèrent. Le procès contre le Receveur du domaine pour l'obliger à venir faire sa recepte à Saint Sauveur, tandis qu'auparavant il la faisoit où il vouloit. Après l'avoir ainsi obligé a faire sa recepte sur les lieux mêmes de Saint Sauveur, il le fit imposer à la taille pour la totalité du domaine. Et malgré tous les efforts des receveurs qui passèrent pendant que le sieur de la Scenière fut syndic, ils ne purent jamais secouer ce joug. Ils payent depuis 1780. Le Receveur de ce temps voulut en signifiant un écrit sur lequel étoit porté que la paroisse devoit cesser d'imposer le domaine, vu que c'étoit son Altesse Monseigneur le duc de Chartres qui régissoit ses domaines. cet écrit fit peur et tous les principaux furent d'avis de cesser l'imposition. Le sieur de la Scenière soutint seul qu'on n’en devoit rien faire, mena l'affaire en Election, et fit voir comme il l'avoit dit que c'étoit pour mettre cette somme qu'il payoit à la paroisse du côté de l'épée que le Sieur receveur avoit fait toutes ces démarches. Homme précieux, à qui la paroisse devroit une statue ! il demeuroit à la Bouchetière, possédant bien pour 2 000 # (livres) de revenu lors de sa mort. Ses deux fils demeurant à Paris, l'ainé avoit bien 12 000 # (livres) et le jeune Charles 40 000 # (livres). Il avoit deux filles, l'une mariée à Me Nicolas Bois du Hoquet et l'autre à Mr Jean Vray de la Forgette.

La grande cure fut donnée par le Roy à Maître Adrien Brission, originaire de grandville, grand vicaire de St Flour, demeurant alors à Paris et par Mgr le duc de Chartres à Messire Charles Lubersacq, ptre (prêtre) de st-Eustache de Paris et né à Limoges. Nous les attendons, ils sont à Paris à faire décider qui aura la cure. Mr Labbé de guerpel resigna sa portion à Mr le Noir ci-devant vicaire de la grande cure, il va en prendre possession.

Photo extraite des archives numérisées de la Manche

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La guerre dont nous avons parlé aux années ci-devant cotinuoit encore et nous y eûmes un bien mauvais échec le 12 Avril dans les parages de la Martinique en Amérique. Notre flotte commandée par Mr de grasse fut battue par celle des Anglois et nous perdîmes 7 vaisseaux. L’Amiral fut pris. Les Anglois malgré leur victoire ne tentèrent rien sur nos colonies et le reste de l’année se passa sans autres combats excepté que nous eumes une victoire aux indes sur eux dans un combat de Mer. On parla de paix, mais on ne la fit point.

à suivre ...

careli 20/07/2013 08:16

voilà qui permet de se faire une bien meilleure idée de l'époque, merci aux bavardages du curé ...

Panpanette 20/07/2013 09:51

La suite est en préparation, ce curé dit des choses ... enfin, il s'exprime !

chez laramicelle 19/07/2013 12:21

bonne journée :)
la veste est finie? et le dessus de lit?

Panpanette 21/07/2013 08:09

C'est sûr ! Et je me dis qu'il faut aussi profiter de ceux qu'on aime ...

chez laramicelle 20/07/2013 18:13

et oui on ne peut pas rallonger les jours ,parfois on aimerait bien :)

Panpanette 19/07/2013 13:28

Hélas non ! Je n'ai pas réussi à finir avant la fin de saison, et il y a encore pas mal de travail à faire sur la veste, mais je ne suis pas capable de faire toute seule, donc j'attends la rentrée, et les cours de la prof ! Mais c'est vrai que je pourrais vous faire une petite photo de l'avancée de mes travaux.
Pour le patchwork, je suis en phase découpage de triangles. J'en ai déjà un bon paquet, après, je dois décider de l'aménagement des différentes couleurs, puis assemblage.
Le temps passe trop vite !
Et quand je suis dans la généalogie, cela me prend du temps aussi.
Bonne journée !

chez laramicelle 18/07/2013 09:25

déjà un déréglement climatique à cette époque :)
et quand on voit comment ils se soignaient, et mouraient , je suis bien contente de vivre maintenant

Panpanette 18/07/2013 09:34

La météo qui fait des caprices, ce n'est pas nouveau visiblement....