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St Sauveur Lendelin, de 1785 à 1787

Voici la suite des évènements décrits par notre curé ...

de 1777 à 1780 : voir l'article "un curé bien bavard"

1781 : voir l'article "St Sauveur Lendelin en 1781"

1782 : voir l'article "St Sauveur Lendelin en 1782"

1783 et 1784 : voir l'article "St Sauveur Lendelin en 1783 et 1784"

Voici l'année 1785 :

St Sauveur Lendelin, de 1785 à 1787

Ce fut en cette année, le 25 juin que fut terminée la grande contestation qui existoit depuis trois ans entre sa majesté et le duc de chartres au sujet de la présentation a la grande cure de cette paroisse. L'affaire portée au grand conseil ( tribunal auquel ressortiront dorénavant toutes causes de cette espèce ) fut jugée en faveur de maistre Claude Adrien Tristan Trippion, licencié ès lois, grand vicaire de St-Flour natif des faux-bourgs de grand-ville, paroisse de Donville de ce diocèse et ce fut sur la déclaration du roy de 1715 y recours que la présentation du roy l'emporta sur celle du duc de chartres qui par cet arrêt perdit les cures des 4 domaines de St Sauveur Landelin, de St Sauveur le Vicomte, de Vallognes et de Coutances. Toutes lesquelles cures sont rentrées entre les mains de sa majesté et seront dorénavant à nomination royalle.

1786 :

St Sauveur Lendelin, de 1785 à 1787

La récolte de l'année dernière quoique modique d'un tiers vis avis des années précédentes produisit néanmoins plus de grain que les plus fortes années et la somme de froment ne passa pas vingt-huit livres, ce qui trompa beaucoup le cultivateur qui ayant eu son tas très petit attendait une chéreté.

Les pommiers annoncèrent dans les mois d'avril et mai la plus grande abondance de pommes et déja nos bons buveurs se faisoient fête du jus de la pomme qu'annonçoient ces belles fleurs ; mais ils furent fort surpris lorsque dans le mois de juin, un envoi de chenilles vint infecter les pommiers et fit périr tous leurs fruits naissants, ce qui fit augmenter considérablement le cidre ; il alla jusqu'a 25 pistoles, on en vendit même 100 écus. Le cidre se vendoit 12 sols le pot.

St Sauveur Lendelin, de 1785 à 1787

Dès le 15 octobre, l'hiver commença par une gelée qui dura quinze jours.

La grande route fut poussée depuis le bas bourg jusqu'au petit.

Cette année sera remarquable dans la suitte des siècles surtout en normandie par le voyage de sa majesté Louis Seize à Cherbourg qui à la Saint-Jean eu le bonheur de voir le roy appellé Louis le bienfaisant qui entreprit ce voyage pour visiter les môles qu'on continuoit de lancer à l'eau (voyez les évènements de 1784) pour construire le bassin que sa majesté jugeoit necessaire dans cet endroit de la manche pour mettre a couvert des insultes des ennemis et des mauvais temps les flottes qu'on destineroit pour la manche qui jusqu'à ce temps n'avoient pu trouver de sureté dans cette mer. Il est incroyable la multitude qui s'assembla de touttes parts de la France occidentale pour voir son roy dans ce voyage pendant les trois jours qu'il demeura dans cette ville pour faire la visite des ouvrages, on y compta plus de quarante milles étrangers, ce qui enrichit beaucoup Cher-bourg, fit bien jurer les postillons et maigrir les chevaux de poste jusques de Rennes en bretaignes, ils passoient par le bourg de cette paroisse par troupes de trente à quarante pour être employés aux voitures de sa majesté.

Le cotentin n'avoit point vu de Roi sur son continent depuis les rois d'angleterre faisants la guerre à la france aussi, reçut-il bien son roy dans cette visite et marqua par ses acclamations et ses « vive le Roi » la joie dont son cœur étoit pénétré à la vue de son monarque. Le roy n'y fut pas insensible. Il n'avoit pas encore connu d'une manière si claire , comme il l'apprit là, combien les françois aiment leurs Roys. Il y eut tant de plaisir et fut si content de la réception qu'on lui avoit faitte qu'il promit d'y revenir, nous l'attendons.

Le reste pour l'histoire.

1787 :

St Sauveur Lendelin, de 1785 à 1787

En cette année, la disette du cidre se porta a un prix où on ne l'avoit jamais vu. Le tonnau vallu jusqu'à 35, 38 et 40 pistoles en échange le bled diminua beaucoup, le froment descendit jusqu'à 18 francs la somme et l'orge à neuf francs, ce qui fit qu'on commença dans le pays a brazier de la bière. L'eau-devie a laquelle se donnèrent nos buveurs faute de cidre en fit mourir une grande quantité.

Il régna une maladie (appellée fievre maligne putride) qui fut beaucoup meurtrière surtout sur le jeune sexe. Elle ne tuoit que depuis le 27 à 31ème jour du mal ordinairement. En réchappèrent ceux qui avoient soin de boire beaucoup d'eau et n'appelèrent point les médecins.

La grande route de coutances a périers fut poussée jusques sur la rivière de Vaudrimesnil et laissa aux voyageurs l'espérance de la voir finie l'année qui vient. Nous leur dirons au bout de cette année ce qui en aura été fait.

Et c'est là que prennent fin les commentaires du curé sur les évènements que traverse son village.

Conclusion :

Ce qu'il ressort de ces articles, c'est la très grande dépendance du peuple aux aléas climatiques, avec le prix des denrées qui monte et qui descend suivant l'abondance et la qualité, et la répercussion sur la santé (et la vie) de ses paroissiens. Ce curé ne semble aussi pas accorder beaucoup de crédit aux pratiques des médecins.

Par ailleurs, ce curé est très sensible à ce qui touche la famille royale.

Et je suis personnellement très étonnée des connaissances de ce curé sur les guerres hors sol français.

Sinon ... ce curé ne semble pas aimer beaucoup les anglais.

Et vous, qu'en pensez-vous ?

St Sauveur Lendelin, de 1785 à 1787

chez laramicelle 07/08/2013 19:02

c'était passionnant
dommage qu'il ait arrêté cette année là, j'eus aimé connaitre son avis sur 1789;
pour la royauté c'est normal en quelque sorte
le roi se proclamait de droit divin, donc il était soutenu par le clergé;
mais que le peuple devait souffrir
merci pour cette plongée dans l'histoire, j'ai adoré

Panpanette 09/08/2013 21:07

Merci !
Moi aussi j'aurais aimé avoir la suite ...

careli 07/08/2013 13:09

normal qu'il soit documenté sur les guerres, le clergé était très influent et formait quasiment un caste dans laquelle les infos circulaient rapidement, et les infos étaient souvent "cueillies" à la source grâce aux confessions ...
les guerres ainsi que le climat et les décision royales étaient les fondements de la vie et de la survie ... le clergé se tenait au plus près de l'information
.

Panpanette 09/08/2013 21:06

Un super journaliste, quoi ...